Par JDNet
Solutions (Benchmark Group)
Vendredi 20 décembre 2002
Après une année 2002 relativement stable
sur le plan de l'activité virale, que nous préparent pour 2003 les
concepteurs de virus ? Faute de pouvoir pénétrer directement leurs
secrets - et leurs intentions - bien gardés, nous avons sondé deux
experts anti-viraux français, en s'intérrogeant notamment sur la
possibilité d'une vague de virus à caractère politiques, ouvertement
destructeurs.
Année mouvementée ?
A les croire, l'année qui vient promet d'être riche en rebondissements :
"la menace d'un virus touchant l'Instant Messaging nous pend au nez -
s'inquiète Damase Tricart, Chef de Produit chez Symantec. Je pense que
le premier d'entre-eux ne tardera pas à émerger, et qu'il affectera
l'un des logiciels d'Instant Messaging les plus utilisés". MSN
Messenger, selon toute vraisemblance.
Pour François Paget - Chercheur
antivirus chez McAfee, "2003 sera probablement une année noire
pour les logiciels de peer-to-peer. Benjamin - le premier virus à
avoir infecté un réseau de peer-to-peer - a fait son apparition
le 16 mai de cette année. Et il a donné des idées à beaucoup de
monde : on compte aujourd'hui pas moins de 400 virus dans le même
esprit".
Inquiétant, mais sans doute pas autant
que les progrès affichés par les techniques de programmation des virus :
"il n'y a pas eu d'innovation majeure en 2002 - reconnaît
Damase Tricart (Symantec). Mais les pirates ont agi intelligemment, en
faisant la synthèse des meilleures techniques existantes, et en
poussant chacune d'entre-elles dans ses retranchements ". Et ce
n'est pas fini, "il demeure incontestablement des terrains
d'exploration et de synthèse pour les concepteurs de virus" déplore
François Paget.
2003 ne sera probablement pas une année
calme, comme le laisse penser le tableau suivant - qui fait le récapitualif
des techniques d'infection dont nous avons le plus à craindre.
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Les techniques de conception
de virus à surveiller ...
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Nom
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Descriptif |
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Virus "multi-facettes"
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Pour passer les barrages et
rentrer sur un PC, la plupart des virus se contentent de
reproduire une seule et même attaque. D'autres au contraire
multiplient les tactiques jusqu'à trouver la brèche. Nimda
peut par exemple se propager par e-mail, réseau, infection
locale, consultation du web, plusieurs types de backdoors,
etc. D'autres enfin exploitent désormais les failles de sécurité
répertoriées des logiciels, "d'où l'intérêt
d'appliquer soigneusement les patches de sécurité" -
prévient François Paget. Ces virus se propagent logiquement
beaucoup mieux.
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Virus "multi
plate-forme"
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Sur les PC personnels, le système
d'exploitation dominant est Windows. A partir du moment où un
virus sait s'infiltrer sur toutes les versions de Windows, il se
propage comme une traînée de poudre sur les postes clients ;
mais pas sur les serveurs. Il peut être très intéressant pour
un virus d'infecter aussi les serveurs, sur lesquels Windows est
beaucoup moins hégémonique. D'où l'intérêt de concevoir des
virus compatibles Windows et Linux.
Mais le défi n'est pas facile à relever : "les systèmes
se ressemblent si peu qu'il est nécessaire de concevoir deux
virus différents, et de les intégrer dans un seul fichier pour
parvenir à un résultat efficace" estime François Paget.
Un tour de force qui n'est pas à la portée du premier pirate
venu. Le virus Etap D a récemment fait passer le concept
de l'infection virale conjointe Linux/Windows de la théorie à
la réalité.
Reste encore à démontrer qu'un tel virus pourrait se propager
sur d'autres plate-formes, comme les PDA, les téléphones 3G,
les Tablet PC, etc.
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Virus à "point d'entrée
obscur"
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Les choses se compliquent :
la plupart des virus infectent les ordinateurs en se plaçant au
tout début du fichier infecté - au point d'entrée du
code. D'autres sont au contraire capables de se placer à divers
endroits du code, de façon aléatoire. Un véritable cauchemar
pour les éditeurs d'antivirus : "j'ai passé deux
semaines à imaginer une méthode de dépistage contre le virus
Suk, en faisant attention à ce que ma parade ne consomme pas
trop de ressources. A ce moment là, je dois bien avouer que
j'ai eu un peu peur. Mais il y a toujours une parade" se
rappelle Fraçois Paget. La technique du point d'entrée obscur
est vieille comme le monde, mais elle revient au goût du jour :
"on pourrait presque dire qu'elle se démocratise, même si
on ne compte encore que 20 virus de ce type sur les 60000 virus
référencés".
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L'année 2003 sera - comme il se
doit - une année agitée. Faut-il cependant craindre un regain de
tension, et anticiper une crise plus grave que de coûtume, qui verrait
s'inverser le rapport de forces au profit des pirates et sombrer dans
les flots la barque des éditeurs d'antivirus ?
Ces derniers répondent d'une seule voix :
"non", assurément pas. Le rapport de force entre les pirates
et les éditeurs est campé dans une position relativement confortable :
"dans ce jeu du chat et de la souris qui nous oppose, nous bénéficions
d'avantages déterminants" - rassure Damase Tricart.
"A chaque fois qu'un virus gagne une
partie contre nous, et rentre dans la citadelle de notre antivirus, nous
capturons son code et nous redessinons les plans de la citadelle en
quelques heures. Ces plans - alias définitions virales - sont
envoyés par Internet à tous nos clients, qui peuvent mettre à jour
leurs protections. Et le pirate doit tout reprendre à zéro". François
Paget rajoute que "[les éditeurs d'antivirus] ont un avantage
considérable sur les pirates : ils sont les premiers présents sur
l'ordinateur". En somme, nous n'avons rien à craindre.
Virus terroriste ?
A moins que ... les pirates ne s'organisent eux-aussi en un
collectif pour lancer plusieurs virus virulents au même moment. A moins
qu'ils neutralisent - même temporairement - les mécanismes
de mise à jour de chaque éditeur, en attaquant directement ses
serveurs - la mésaventure
de Kapersky Labs est là pour nous rappeler qu'il n'y a aucun
serveur 100 % protégé, même chez les éditeurs d'antivirus. A
moins que cette attaque n'ait par exemple un riche commanditaire aux
intentions politiques...
"Il n'y a pas de système de
protection 100 % fiable, c'est un fait - répond François
Paget (McAfee). Il reste encore bien des techniques de propagation et d'émission
de virus à inventer, nous en avons la certitude. Prises séparément,
ces menaces sont donc crédibles. Mais chacune de ces éventualités est
si improbable qu'il n'y a à vrai dire aucun risque de toutes les
rencontrer, au même moment, et chez chaque éditeur".
"Sachez aussi qu'il existe un groupe
de pirates très organisés, dont les membres écrivent des virus
particulièrement créatifs - le groupe 29 A. Ils nous donnent
du fil à retordre, mais nous sommes toujours parvenus à les
contenir".
Et de poursuivre : "D'ailleurs,
à bien y réfléchir, l'idée d'un virus politique est un peu absurde :
il n'y a pas un pays, et pas une organisation qui puisse se passer des
ordinateurs. Lancer une attaque virale de telle envergure, cela
reviendrait à se tirer une balle dans le pied...". Nous voilà
donc rassurés.
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Le futur des virus vu par
deux experts
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Damase
Tricart - Symantec
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François
Paget - McAfee
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Pour moi, ce serait un virus qui
se transmettrait sur toutes les plates-formes, du PC au PDA en
passant par les téléphones et les consoles de jeu. Ce serait
sans doute un virus vitrine, pas forcément méchant sur
toutes les plate-formes. Mais il donnerait beaucoup de
prestige à son créateur.
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Je pense à un
virus qui se propage sur les PC mais aussi sur les équipements
mobiles. Ce virus serait capable de composer des numéros surtaxés -
à la moralité douteuse - sans que l'utilisateur s'en aperçoive.
A raison de plusieurs dizaines de coups de fils par jour, ce
virus viderait les poches du propriétaire de la machine, et
remplirait celles du pirate.
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